31 jan 2002 — Quatre Studios US annoncent la sortie de films en haute
définition. Mais le support retenu n’est pas le DVD, mais…
la cassette vidéo…
Techniquement, il est meilleur que le DVD. Il peut délivrer de la haute
définition, mais son interactivité est très limitée et - comble des combles -
après usage il faut… rembobiner le tout.
Alors qu’on allait se débarrasser une fois pour toutes des dernières VHS, la
vidéo sur bande magnétique trouve le plus drôle des chevaux de Troie pour
essayer de concurrencer les galettes numériques : le D-VHS. Les
coupables : JVC pour la plate-forme et la commercialisation des premiers
modèles, et du coté du software, DreamWorks, Fox, Universal et Artisan, qui
viennent d’annoncer qu’ils sortiront aux US une flopée de titres HDTV au
format D-VHS.
En fait, le D-VHS n’a rien de nouveau. Son concept et ses brevets traînent
depuis une bonne dizaine d’années dans les tiroirs des fabricants
d’électronique de consommation - des tiroirs qui furent opportunément fermés
à clé lorsqu’il s’agit de se rallier à la norme DVD.
Ce qu’il y a de nouveau dans le D-VHS, est “l’upgrade” de ses spécifications.
Des quelques 5 Mbit/s des premiers prototypes, les ingénieurs sont passés au
niveau de 14,1 Mbit/s, le débit nécessaire pour délivrer des images en haute-déf.
Sauf que la haute définition est devenu un concept abstrait depuis l’abandon
des normes analogiques (“haute” par rapport à quoi ?). Le D-VHS est customisé
sur le modèle nord-américain, qui - rappelons-le - a identifié presque une
quinzaine de normes et profils de “digital TV”, selon les goûts et les couleurs.
Pour simplifier les choses, disons juste que les 2 seules répondant aux
critères HDTV sont le 1080i (1080 x 1920 en vidéo entrelacée), et le
720p (720 x 1280 en vidéo progressive - le top).
L’accord annoncé par les 3 Majors et Artisan, a donc une portée essentiellement
nord-américaine - l’Europe n’a plus un programme établi d’HDTV, et elle
n’acceptera certainement pas d’adopter le standard US pour des raisons
économiques.
Mis à part ce détail, est-ce que le pari fou de JVC sera couronné d’un succès
dans un Pays en récession, où il faut une immense dose de patience pour trouver
un revendeur qui expose ne serait qu’une seule TV en 16/9, et où les premiers
modèles de DVD enregistrables de salon s’apprêtent à investir le marché à des
prix suffisamment humains ? Ou alors JVC vise simplement à prolonger
l’existence des cassettes vidéo, en assurant la rétro-compatibilité avec les
VHS basiques ?
Très bien, mais pourquoi de la haute définition sur bande magnétique ? Ou
plutôt, pourquoi pas en DVD ? Pour appeler un chat un chat, rien n’empêcherait
de commercialiser aujourd’hui du HD-DVD - les nouvelles avancées dans la
superposition des couches et des faisceaux laser, permettraient de grignoter le
bitrate nécessaire. Rien sauf… le bon sens commercial. Alors que la machine
DVD commence à peine à se rentabiliser, aucun fabricant et aucune Major ne
serait suicidaire au point de tuer la poule aux oeufs d’or, pour lancer un
nouveau système.
Le DVD a encore de beaux jours devant lui. Quant au D-VHS, rien n’est moins
sûr.