16 jun 2004 — Un sarcellois qui se prend pour un américain. Des américains certains
d’être maîtres du monde et un avocat prêt à tout pour arriver à ses fins.
Il n’en faut pas plus à Patrick Timsit pour ficeler une comédie, si ce
n’est légère, bien à l’Ouest, fruit de la gueguerre culturelle entre Ancien
et Nouveau Monde……
DVDFR vous dit tout sur la comédie bleu blanc rouge avide de bannière étoilée.
Francis Farge (Lorant Deutsch), alias “L’Américain” n’est pas né au bon endroit. Il pense,
il consomme, il fume, il vit américain mais… il est FRANÇAIS ! Il réclame à corps et à cri
cette nationalité qu’il affectionne tant mais l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique à Paris
s’obstine à la lui refuser.
En désespoir de cause, il harcèle un avocat, Maître Edouard Barnier (Thierry Lhermitte) pour
tenter de convaincre les américains. Barnier, flairant la bonne affaire, fait le pari de lui
obtenir cette nationalité. Sa méthode : transformer le lotissement de Sarcelles où habite Francis
en 51ème état des Etats-Unis d’Amérique.
3ème long-métrage pour Patrick Timsit qui n’arrive décidément pas à convaincre en tant que
réalisateur. Humour franchouillard et blagues de café du commerce émaillent avec une certaine
lourdeur ce fourre-tout cinématographique. Comment a-t-on pu avaliser le projet ? Réponse :
sur l’idée qui ne manque ni de richesse ni d’intérêt. Un Français, pétri d’admiration pour les
Etats-Unis, veut à tout prix devenir américain. De quoi imaginer une rafale de situations
hilarantes ! Encore faut-il en avoir une once… d’imagination et un poil de talent. Ici, guère
de traces. “L’Américain” est l’exemple type du film à sketchs qu’aurait pu réaliser un Max
Pecas ou un Jean-marie Poiré (celui des
Visiteurs), c’est dire si l’humour date et le niveau
est élevé !!!
Côté scénario, on le cherche encore. Vide, creux, tout simplement absent, il se résume au pitch
et s’abstient de développer. Ni dialogues savoureux, ni comique élaboré, Timsit se borne à enchaîner
les situations sans la moindre conviction. Une mouche qui vole le fait rire ! Pantalons baissés,
humour pipi caca et blagues douteuses sur la guerre en Irak et en Afghanistan, voilà de quoi le
divertir. Toutes les demi-heures, pourtant, il lui arrive d’avoir la main heureuse mais toutes
les demi-heures seulement (cf la prière devant le Hamburger ou bien encore la scène de l’adoubement).
Entre deux sketchs vaguement réussis, on s’ennuie ferme en proie soit au désarroi soit à
l’incompréhension… fallait-il produire “L’Américain” ? On n’en n’est plus très sûr ! Ca paraissait
une bonne idée mais devant le piètre résultat, force est de s’incliner… pas grand-chose à sauver
de cet insistant bavardage et de ces piaillements incessants… amusant n’est pas le terme, pathétique
convient plutôt !
Il faudra se pincer pour y croire et boire la coupe jusqu’à la lie ! Supporter les outrages d’un
scénario à peine digne d’un téléfilm et l’affront fait à chaque acteur malgré un casting fort
prometteur. Quelle idée de marier Emilie Dequenne à Lorant Deutsch… et comme si cela ne suffisait
pas de leur donner un enfant… âgé par-dessus le marché ? Quelle idée aussi de recruter ces deux
pieds nickelés, insupportables acolytes d’un Lorant Deutsch sous-employé ?… seul Thierry Lhermitte
semble réchapper du massacre, dans un rôle taillé sur-mesure, à sa place dans ce tandem Deutsch /
Lhermitte plutôt bien pensé. Sa seule présence soutient le film… à bout de bras… et en remonte
considérablement le niveau… en pure perte bientôt submergé par l’avalanche d’absurdités. Comment
a-t-il pu ainsi se compromettre dans cette farce indigne de lui. “C’est le niveau zéro”
lâchera-t-il. On est bien d’accord avec lui !!! Dernièrement mal inspiré dans le choix de ses rôles
(lire notre article sur “Qui perd gagne !”), il en est réduit ici à se caricaturer. De toute
façon Timsit s’en satisfait… 2 ou 3 mimiques mal dégrossie lui suffiront pour ce qu’il veut en faire.
Manque de métier, manque d’originalité, manque d’imagination… c’est à des années lumières de Francis
Veber et à des kilomètres de Fabien Onteniente. A côté de “L’Américain”, “People Jet Set 2”
fait office de chef d’oeuvre et
Tais-toi d’anthologie… question de niveau et de sérieux aussi.
Car on le sent bien, ici rien n’a été vraiment préparé. On est dans l’impro, le délire, l’amateurisme
à son paroxysme. Oui pour un film de vacances. Non pour une oeuvre cinématographique de ce calibre !!!
En plus de la mise en scène confuse, Timsit vient y ajouter un cadre dépouillé (cf : la CIA ou le
bureau de l’Ambassade américaine). Hé oui, au cinéma ça se fait d’interagir avec les objets ! Un
précepte hitchcockien ici complètement méprisé. Total : rien + rien = pas grand-chose ! Additionnez
à cela une pauvreté technique et vous aurez une idée du néant artistique de “L’Américain”. Un rare
plan-séquence présentant le lotissement de Sarcelles vient étrangement sauver la réalisation de la
nullité absolue. Ne cherchez pas ; ce sera le seul ! Timsit rate tout. Du générique au simple champ /
contre champ. Il réussit même à rater le numéro de danse et de chant… une prouesse qui lui vaudrait la
cerise d’or chez nos amis américains ! Bref… des perspectives dévoyées, des séquences vides de sens,
des effets manqués, le film vire très tôt à la joyeuse débandade. Et l’ensemble est à ce point si
brouillon que les acteurs finissent par se marcher sur les pieds (cf. séquence du match de football
américain, de l’enterrement, de la fête au village… ). Conclusion : une pièce de théâtre (de boulevard)
aurait été mieux appropriée.
Patrick Timsit s’est contenté de malhabilement tricoter un film sur une idée qui demeure prometteuse.
Une comédie cousue de fil blanc avec de la grosse laine puis travesti en film-événement. De quoi gaver
les masses et assurer un retour sur investissement. Un “L’Américain” à l’américaine… cette Amérique
à qui nombre d’artistes reprochent de décerveler le spectateur français. Là est sans doute l’ironie !
On y aura cru, on l’aura même attendue cette comédie grinçante sur le choc des cultures
franco-américaines. A la place, on aura hérité avec “L’Américain” d’un gros navet décomplexé qui
emporte avec la fin du générique nos derniers espoirs de rire et de rêver…
Sortie le 7 juillet 2004.