16 jun 2004 — “Qui perd gagne !” est un jeu dangereux et sulfureux qui n’a aucune règle
et se joue à plusieurs. Corps à corps exigés. Manipulation, adrénaline
et tapis vert de rigueur ! L’enjeu : raffler la mise le 23 juin sur grand écran……
DVDFR vous plonge au coeur de ce coup de bluff signé Laurent Bénégui.
Jacques (Thierry Lhermitte) est un requin des tapis verts, un joueur au passé trouble qui a
autrefois lessivé les casinos. Angèle (Elsa Zylberstein) est capitaine des renseignements généraux,
une femme-flic qui dirige d’une main de fer la brigade des jeux.
Leur ennemi : le hasard. Leur allié : l’amour. Depuis quelques années maintenant, une liaison
s’est secrètement nouée entre eux. Un flic et un tricheur. Qui aurait pu rêver couple plus
improbable ? Cette liaison sera néanmoins appelée à sortir de l’anonymat lorsque Serge Vaudier
(Maurice Bénichou), un obscur professeur de mathématiques, gagne subitement au loto deux fois
de suite et s’empresse de claironner au monde entier qu’il a trouvé une méthode infaillible pour
déjouer le hasard.
Devenu une star internationale grâce au savoir-faire d’un publicitaire, Vaudier ne met pas
seulement en péril le loto mais aussi et surtout l’économie de tout un pays. En effet, pourquoi
se fatiguer à remplir des grilles de loto si Vaudier gagne à chaque tirage ? La Française des
Jeux perd des millions d’euros, les recettes fiscales s’effondrent et l’Etat-croupier vacille.
En quelques semaines, ce petit homme insignifiant devient le plus puissant des gourous. Alors ?
Escroc ou génie ? Les renseignements généraux n’ont que quelques semaines pour démasquer Vaudier.
Et devant l’échec des moyens traditionnels, Angèle décide d’engager Jacques… un sérieux coup de
poker dans lequel chacun des adversaires joue quitte ou double. Les jeux sont faits, rien ne va
plus !
“Qui perd gagne !” est une bonne idée ! Placer un couple explosif au centre d’un thriller qui
joue avec les coïncidences du hasard. Soutenir la narration par un suspense omniprésent. Délivrer
enfin une interprétation qui sorte des sentiers battus. Un joueur, un tricheur, incarné par un
Thierry Lhermitte en grande forme, s’amourache d’une femme flic victime de sa fascination pour
l’homme et ses extraordinaires talents de joueurs. Une rencontre qui, si elle n’est pas nouvelle,
intrigue par l’opposition marquée entre les deux comédiens. Sensible, mystérieuse, à fleur de peau,
Elsa Zylberstein rencontre ici Thierry Lhermitte, incarnation absolue du personnage hâbleur,
dragueur et fortement stéréotypé. Un couple étrange, un pitch troublant, il n’en faut pas davantage
pour que le spectateur s’immerge dans cet enfer qu’est lle jeu et la manipulation. Une attente
cultivée par un synopsis déroutant et un premier noeud majeur solidement ficelé ; Un professeur de
mathématiques, opposant la science au hasard, gagne deux fois au loto, ce qui est humainement
impossible ! L’arnaque promet d’être savoureuse, et son dénouement excessivement délicat.
A-t-on trop attendu de ce film qu’on n’attendait pas vraiment ? Le fait est que l’illusion est de
courte durée tant “Qui perd gagne !”, images après images, déçoit. Principaux responsables dans
l’ordre : le casting, l’intrigue et la réalisation. Commençons par le casting. Hétéroclite,
malheureux, vide de sens, il accumule les clichés comme d’autres recyclent les emballages… résultat :
une farandole de portraits plus idiots les uns que les autres à jeter après avoir consommé.
Le faux menteur, le vrai tricheur, le publicitaire benêt, l’enfant-prodige… des personnages 100 fois
vus et revues que le manque d’inspiration rend indigestes et l’absence de crédibilité absurdes.
Pas un d’entre eux ne respire la sincérité… Thierry Lhermitte excepté qui tire (sans mauvais jeu de
mot) son épingle du jeu. Les autres comédiens, théâtraux au possible, en font des tonnes pour combler
l’absence de mise en scène, tentant de faire vivre désespérément des dialogues bavards en veux tu
en voilà ! C’est malheureusement peine perdu car très vite on n’y croit plus ! Manque de conviction,
manque de passion, absence de direction… La palme revient à l’insipide Maurice Bénichou emprunté,
transparent, absent et pourtant si bouleversant dans
Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Au
lieu de soutenir l’intensité du premier noeud majeur (son gain coup sur coup au loto), il finit par
l’affadir jusqu’à le rendre cousu de fil blanc… .exemple parfait de l’importance de bien diriger ses
acteurs ! ! ! Elsa Zylberstein, Jean-Pierre Malo, Samir Guesmi… que de comédiens noyés dans un
étalage de recettes toutes plus éculées et qui ne font que ridiculiser une peu plus une histoire
qui se veut ostensiblement compliquée. La femme bafouée, le publicitaire avide, le flic noeud noeud… ces
acteurs d’ordinaire talentueux méritaient autre chose. Nous aussi ! Il faudra (patiemment) attendre
l’apparition éclair d’un Michel Aumont, que (heureusement pour Bénégui) plus personne n’a besoin de
diriger, pour redorer le blason d’un casting décidément en perdition.
L’intrigue, laborieusement tortueuse, tente à son tour de prendre la main en jouant désespérément
la surpise. Manque de pot ! Les ressorts décidément trop apprents révèlent les dessous d’une pitoyable
machinerie. Et le spectateur de conserver sans cesse une longueur d’avance. A cela pas une raison
mais deux :
L’Arnaqueur et
La Couleur de l’Argent, deux films qui ont su élever le
rebondissement au rang de raffinement. Pourquoi ? Parce qu’ils ont, eux, innové ! “Qui perd gagne !”
ne fait que s’engouffrer dans la brêche. N’est pas manipulateur qui veut et l’essai de Bénégui,
manquant de conviction, mise à fonds perdus sur une excessive naïveté du spectateur. Le personnage de
Thierry Lhermitte pourtant soigné (trop soigné) rappelle immédiatement celui de Paul Newman…
logiquement l’intrigue en pâtit. Et nous voilà une énième fois embarqués dans la traditionnelle
confrontation d’un soi-disant “loser”, berné par une soi-disant “plus fort que lui”, animé par
cette passion du jeu et par un puissant désir de vengeance. Il n’en faut pas plus pour se glisser
dans l’ombre du Géant. Erreur fatale au facteur “surprise” pourtant essentiel à l’histoire. Il
ne reste plus qu’à Laurent Bénégui d’enchaîner un à un d’insipides rebondissement jusqu’à la
révélation finale si improbable et farfelue que seule une réalisation brillante pourrait faire
avaler.
Mais en guise de réalisation, Laurent Bénégui se contente du RMI, percevant les dividendes d’une
photographie pas trop exécrable et de décors pas trop tocs. Pour le reste, c’est fixe, basique
et lent… l’exact opposé de ce qu’il faudrait faire. Pour le coup Bénégui innove… à mauvais escient !!!
Rythme et arnaque sont inséparables ; sans rythme, pas d’arnaque et sans arnaque pas de film. Eviter
à tout prix ces banales champs / contre-champs, bannir le plan fixe pour lui préférer le porté et
renouveler le décor ; Soderbergh l’a à moitié intégré dans son
Ocean’s Eleven, Martin Scorcese
totalement dans “La Couleur de l’Argent”. L’Arnaque est un Art, la filmer un métier ! Visiblement
Bénégui n’a pas trop insisté et s’acharne désormais à complaisamment filmer l’intimité du couple
Lhermitte / Zylberstein. Mauvaise idée puisque cette racoleuse facilité brouille aussitôt les
pistes, englue l’intrigue et alourdit le propos. Fin de partie : on ne sait plus où on est ! Mélo
intimiste ou arnaque sulfureuse ? Va savoir Charles… tout part à volo. Les gros plans filment mains
et jambes quand on voudrait voir des visages. Les travellings effeuillent les instants de dénouement
quand on les souhaiterait au coeur de l’histoire. La musique fait preuve d’une légèreté horripilante
lorsqu’on la désirerait plus intense. Bref… c’est à des millions de kilomètres de ce que l’histoire
promettait.
“Qui perd gagne !” reste néanmoins une bonne idée avortée dans un film vite fait, vite vu, vite
absorbé, vite oublié. Un coup de bluff sans atouts majeurs qui se laisse malgré tout regarder !