01 jun 2006 — Suite à notre article en réaction au communiqué alarmiste du SEV
(Syndicat de l’Edition Vidéo) concernant les méfaits du téléchargements
sur le chiffre d’affaire des éditeurs vidéo, Jean-Yves Mirski, son
Délégué Général, à souhaité nous exposer son point de vue……
Dvdfr.com : Doit-on parler de crise pour le recul du CA du DVD, ou cela est-il dû
essentiellement à une somme de facteurs extérieurs (mauvaise année au box-office,
société…) ?
Jean-Yves Mirski : Il est vrai qu’il est prématuré de parler de crise. Le vrai test
viendra avec les résultats du 2ème semestre 2006. Nous avons un semestre riche en salle,
avec des titres forts : Les bronzés 3, Da Vinci Code, X-Men 3. On attendra leur sortie
en DVD avant de dresser un constat.
Il y a d’autres facteurs qui expliquent la baisse du 1er trimestre. Nous avons eu
les manifestations des étudiants. Ensuite, avec la HD à nos portes, les consommateurs
s’interrogent. Et il y a eu l’impact de la piraterie. Nous savons qu’un titre piraté
n’équivaut pas à un titre non acheté. Cependant, seul le temps nous permettra
d’évaluer le manque à gagner.
Dvdfr.com : Ne faut-il pas tenir compte également du déplacement du budget loisirs des
consommateurs vers d’autres segments : téléphones portables, iPods, bouquets TV… ?
Jean-Yves Mirski : Bien sûr qu’il y a d’autres sollicitations. D’ailleurs on voit dans
les rapports du CNC une très forte progression des souscriptions des chaînes TV payantes.
Mais le DVD conforte aussi sa position dans le taux d’équipement des ménages grâce aussi
aux lecteurs à bas prix, et je pense que cela se ressentira dans les résultats du 2ème
semestre.
Dvdfr.com : Beaucoup d’acteurs du marché se sont positionnés sur la VOD. Mais il y a un
grand flou sur les premiers chiffres de ce segment…
Jean-Yves Mirski : Il est vrai que nous n’avons pas de chiffres. Une explication est que
tous les éditeurs vidéos n’ont pas les droits VOD, et donc il y a d’autres intervenants
en jeu. Mais si on considère qu’une “séance” VOD coûte entre 4 et 5 €, il faudra
du temps avant que ces chiffres entachent les 2 milliards d’euros annuels de la vidéo.
Dvdfr.com : Est-ce les éditeurs sont sensibles à l’arrivée de la HD ?
Jean-Yves Mirski : Bien sûr. La HD représente une vraie chance pour la vidéo, et sa qualité d’image
est très addictive. Notre enjeu sera de fournir rapidement un bon choix de programmes.
Les éditeurs ne parlent pas encore de leurs politiques, mais il est probable qu’ils
veuillent taper fort avec des titres récents. C’est dommage qu’il existe deux formats
concurrents, mais on a déjà vu ça dans la vidéo.
Dvdfr.com : Comment allez-vous faire passer le message aux consommateurs ? Et est-ce
que les titres HD auront des prix raisonnables ?
Jean-Yves Mirski : La HD est une nouvelle façon de découvrir les films, avec une qualité
incomparable de l’image. Mais il y aura aussi une grosse avancée au niveau de
l’interactivité et des bonus, qui n’auront plus rien à voir avec les fonctionnalités du
DVD. Ce discours est très important en France car notre public est très sensible à la
présence des bonus - et par ricochet - cela permet aux réalisateurs de pallier aux
compromis des éditions salles de leurs films. Avec la HD, les gens pourront voir les
films différemment.
En marge de ces considérations, nous ne cachons pas que la HD est aussi une façon de
lutter contre la piraterie, car la taille des fichiers est beaucoup plus lourde - de
l’ordre de 20 Go - ce qui les rend beaucoup moins pratiques à télécharger.
Il est clair que les programmes HD auront au début un coût, qui est motivé par le
prix des masters HD. Mais ce coût est destiné à baisser au fur et à mesure que
l’économie d’échelle deviendra favorable. Ceci dit, j’ai crû comprendre que l’écart des
prix entre les DVD et les supports HD ne sera pas énorme. Il est aussi question d’écrans
télé HD à moins de 1000 € avant la fin de l’année.
Dvdfr.com : Certes, mais en même temps l’arrivée des deux formats de HD a été
accompagnée par de véritables cafouillages : le flou sur la dégradation de la qualité
du signal sur les entrées non-HDMI, une petite armée de DRM numériques et maintenant
analogiques, le retour probable des Zones. Le moins que l’on puisse dire est que pour
le consommateur honnête, ces formats ressemblent à un champ de mines…
Jean-Yves Mirski : Ce que je peux répondre est que les gens ne doivent pas s’attendre
au pire. L’essentiel est que les créateurs trouvent leur public. Nous allons donc
étudier la façon dont les gens veulent voir les films, et nous agirons en conséquence.
Nous savons que la technologie offre de vastes possibilités et nous n’essaierons pas
d’imposer aux consommateurs des solutions qu’ils n’aiment pas.
Dvdfr.com : Le format HD-DVD est soutenu par Microsoft. N’est-il pas risqué pour les
Studios de lui donner trop de pouvoir ?
Jean-Yves Mirski : Bonne question. C’est un vrai défi de savoir si un tiers, qui
n’appartient pas à notre métier, doit avoir autant d’influence. On aurait tendance à
répondre “non”, mais pour moi la question qui se pose concerne le contrôle des DRM dans
les années à venir. Nous ne pouvons pas continuer à laisser faire le pillage. S’il
continue, il n’y aura plus de création. L’an dernier on a chiffré à 120 millions le
nombre de fichiers téléchargés. Comment voulez-vous que la VOD décolle face aux
supermarchés en libre service du P2P ?
Les situations de la musique et de la vidéo sont très différentes. Mais il faut
trouver une solution, car ça ne peut pas durer longtemps ainsi. Le cinéma est un secteur
où la notion du succès, du film qui attire des foules de spectateurs, repose sur des
bases aléatoires. Les blockbusters comme “Da Vinci Code” sont une aubaine, et il
ne faut pas que le piratage détruise notre économie fragile.
Autre article sur ce sujet : le 12 mai 2006
Le site du SEV : www.sev-video.org